Archives pour la catégorie Tribal Média

Tribal Media #5 – Il était une fois dans l’Est : Dragan Vukovic

ENTRETIEN AVEC UN CRÉATEUR DE LIENS CULTURELS.

Personnage atypique et incontournable de la scène musicale des Balkans et plus particulièrement des territoires d’ex-Yougoslavie, Dragan Vukovic a mis sa formidable énergie au service de sa passion. Entre un Dj set et l’écriture d’un livre, de son émission de radio déjà vingtenaire à l’organisation de tournées pour des groupes du monde entier, il semble infatigable. Nous avons eu la chance de rencontrer ce bonhomme de près de 2 mètres de haut et de gentillesse, à l’occasion de la tournée d’été qu’il a organisé pour Tribal Veda.

dragan

Bonjour Dragan, peux tu nous parler de tes diverses activités ?

J’ai commencé mes activités sur la scène musicale comme Dj, puis ayant acquis une certaine notoriété on m’a proposé de travailler à la radio. C’était en 1995, ça fait donc 20 ans que j’anime une émission qui s’appelle « Anatomija Zvuka » (l’anatomie du son). Je diffuse la musique de la scène alternative des territoires ex-yougoslaves et évidemment bien d’autres choses qui m’intéressent. Ce que j’entends par « Musique alternative » peut se résumer dans cette formule : ce qu’on ne peut écouter nulle part on peut l’écouter dans mon émission ! Il y a là de tout : musique du monde, classique, noise, hardcore, punk… tout excepté du metal.

Où se trouve cette radio ? Peut-on l’écouter sur internet ?

La radio, BH radio 1, se trouve à Sarajevo en Bosnie Herzégovine, c’est une radio nationale. Mon émission a lieu le mardi une semaine sur deux à 19h10. L’émission peut s’écouter sur internet, et je mets les enregistrements de chaque émission à disposition sur Soundcloud, j’en diffuse les liens sur les réseaux sociaux.
Et outre ces activités de Dj et d’animateur radio cela fait une dizaine d’années que j’organise des tournées de facon autonome, à travers l’agence de booking Multirepeta. (« Koncertna promocionalna agencija repeta. »). En fait j’ai commencé à organiser des concerts à partir de1997 à travers diverses associations, mais je le fais de façon indépendante depuis 2005. A travers cette activité je donne la possibilité à des groupes d’Europe et du monde entier de jouer dans les Balkans.

Combien de tournées as tu organisé depuis tout ce temps ?

(grand éclat de rire ) Alors… depuis dix ans… comptes que je fais tourner entre 4 et 7 groupes par an…
Je fais ça dans  une démarche particulière mêlant curiosité et éclectisme : il y a toutes sortes d’avant-gardes : du noise-rock, des groupes dans l’esprit «  rock in opposition », des musiques du monde, des chanteurs à texte… Cette année j’ai fait tourner Wowoka, un groupe de blues polonais ; Dure Mère, un groupe sexy-garage de Nantes ; Tribal Veda ; et il y a trois autres groupes à suivre : les belges de Guili Guili Goulag, la chanteuse portugaise Rita Braga et en novembre les néo-zélandais de Hollywood Fun Downstairs. Voilà il n’y a pas de barrières, si les gens sont bons et qu’il n’ont pas je ne sais quelle exigence je les aide, leur organise une petite tournée.

paysage bosnie

Comment es-tu entré en contact avec les groupes français dans les années 90 ?

A l’époque je travaillais avec l’association « Geto » à Banja Luka et nous nous étions mis en contact avec une équipe de Mostar qui avait depuis l’après-guerre d’importants échanges avec la France, ils étaient très actifs et organisaient parmi d’autres le légendaire « Mostar Interkultural Festival » qui faisait venir chaque année 300 français, italiens et espagnols. A ce moment nous avons noué contact avec l’équipe de Jarring Effects qui ont fait venir certains groupes.

C’est avec Rico que tu es entrés en contact ?

Non, ce qui est intéressant c’est que j’ai d’abord rencontré cette fille : Aline

Oui qui habitait justement à Mostar…

Oui et c’est ensuite que j’ai rencontré les autres personnages de l’équipe, et j’ai organisé quelques tournées pour…

Hightone ?

Non, pour eux j’ai juste aidé un peu, c’était Daqui Dub, un groupe avec l’un des membres de Kali Live Dub. Et donc j’ai beaucoup voyagé en France, et ce que j’y ai découvert m’a grandement intéressé. J’ai récupéré une telle collection d’albums et de démos de groupes français que tu en serais étonné toi même ! (rires) « to je ludilo totalno! » (un total truc de ouf !)
J’ai développé des théories la dessus, par exemple que dans toute l’Europe occidentale les français me semblent être les plus proches de nous dans les Balkans, ils me semblent en général être plus ouverts musicalement que les allemands, hollandais ou scandinaves, c’est pour ça que j’aime travailler avec les français en plus du fait que j’aime le fromage et le bon vin !
Du coup j’organise au moins deux tournées chaque année pour des groupes français, dans ceux qui me reviennent tout de suite : Dure Mère de montpellier, Joke et tous les échanges avec l’équipe AOLF, les nantais de Vagina Town, les grenoblois de Zozophonic Orchestra
Et je vais continuer ça car la France me semble avoir la scène musicale la plus intéressante dans sa diversité, toutes ces musiques d’avant garde, jazz, ces groupes dans l’esprit « rock in opposition ». Et même si c’est parfois compliqué de booker ce genre de choses on improvise, on s’arrange et on va de l’avant !

Je t’ai rencontré comme Dj à l’Alimentation Générale à Paris, comment es-tu venu jouer là bas ? et comment ça t’a paru à l’époque ?

C’était un peu par hasard, je travaillais avec un groupe de free jazz de Caen « les Yeux de de la Tête »,  je leur avais organisé deux ou trois tournées dans les Balkans, et comme ils étaient contents ils m’ont invité à Caen et m’ont trouvé cette date comme Dj à Paris, c’était exotique, c’était bien. Mais là ça fait longtemps que je ne suis pas allé en France et ça commence à me manquer, je sens une crise qui approche ! 🙂

Tu dois y retourner !

Envie de boire du beaujolais !

pano2

Et quels sont tes projets, tu vas continuer à faire tout ça ?

Oui, je ne peux pas sortir de ma peau, je dois le faire et je crois que je le ferai jusqu’à la fin de ma vie ! Et à part ces tournées je suis très impliqué dans un grand projet d’archivage le la scène musicale du territoire de l’ex Yougoslavie. Car s’il y a beaucoup de bons groupes, et des innovations musicales ça et là, il n’y a pas d’historique sur tous ces courants musicaux alternatifs. J’ai un vieux rêve autour de ça, j’ai commencé à écrire un livre là dessus mais je me suis arrêté. Beaucoup de choses comme ça m’intéressent mais n’ayant fini aucune université, je me sens freiné quant à certaines choses. Je les aborde de façon assez chaotique et je peine à me concentrer sur la durée pour fignoler l’oeuvre jusqu’à l’aboutissement. Je vis dans le chaos et c’est comme ça que je travaille ! « Jebiga ! » (traduction disponible par courrier recommandé !). Il faut que j’apprenne un peu plus des slovènes peut être ! (rires)

Par exemple l’histoire de ce blog dont tu faisais partie : « anatomy of sound » avec tous ces musiciens expatriés des territoires d’ex-Yougoslavie, eh bien, nous sommes une civilisation de voyageurs, présents au 4 coins de la planète ! et en ce qui concerne la musique ça m’anime de savoir où nous sommes. Peu importe que ces musiciens ont émigré ou s’il sont de seconde génération nés à l’étranger.
J’ai un concept pour faciliter ça : Si dans un groupe étranger il y a un membre de chez nous, alors c’est un groupe de chez nous ! (rires) Comme ça j’ai un maximum de matériel pour mon émission ! Et donc parmi tous ces gens très intéressants, il y en a que je n’ai pas encore intégré. Par exemple je trouve un certain Gordon Grdina, jazzman canadien, le nom sonne d’ici, je recherche, demande autour de moi et on me dit qu’il vient d’Istrie. Ce genre de choses m’intéressent !
Je suis de Banja Luka « jebe taj kontinuitet, jeben ti » (saloperie de continuité ! Traduction littérale complète possible autour d’un verre avec les protagonistes) nous sommes comme ça.

Tu es né à Banja Luka, et tu vis a présent en Slovénie ?

Oui depuis 8 ans, mais ça n’est pas si loin, je suis à 4h de voiture, et dans tout cela il y a beaucoup de ressemblances, Mostar où j’ai vécu quelques années, Murska Sobota… En gros tu sais comment était l’ex- Yougoslavie, tout se passait dans les grands centres Belgrade, Zagreb, Sarajevo, quant aux petites villes elles étaient un peu mises de coté, Donc là à Murska Sobota je découvre des choses. Les gens du coin disent « Dis donc Dragan, qui ne vient pas d’ici, a archivé toute la scène musicale de la ville ! ». Et ce n’est pas pour caresser dans le sens du poil que je le fais, mais si tu vis pour la scène eh bien je dirais presque, tu donne ta vie entière pour elle !

Cette interview a été réalisée en Aout 2015 et depuis Dragan a finalement franchi un grand pas dans la réalisation de ce vieux rêve d’écrire un livre sur la scène musicale du territoire ex-yougoslave puisqu’il l’a fait ! Il a sorti il y a peu « l’encyclopédie des groupes en duo » de ce territoire.

bato

Propos recueillis par Goran Juresic
Photos : Alexis Sebileau

Tribal Media #4 Des gens ordinaires pour changer le monde

logo_com_du_mondeLoin du faste des dîners de l’oligarchie mondiale dont les beaux discours mensongers sont repris dans tous les médias de masse, et applaudis par les industriels de la pétro-chimie, de l’agro-alimentaire et de l’armement, cette cop 21 est pour nous l’occasion rêvée pour vous parler de ceux qui sont tout simplement passés à l’action pour changer notre mode de vie. Ils ont compris l’urgence d’aujourd’hui, à savoir la construction de nouveaux modes d’échanges qui respectent la vie de la planète. Or les autorités corrompues, profitant de l’état d’urgence et maniant la peur voudraient bien les faire passer pour des casseurs à grands renforts de média-mensonges, mais ils sont tout l’inverse: des constructeurs, des guérisseurs, des réparateurs. Mais venons-en au fait. En Février dernier, Tribal Veda a passé une semaine dans la charmante ville de Saint-Nolff en Bretagne, d’abord pour une résidence de travail scénique avec Barbara Boichot puis pour un concert dans le cadre du festival des Herbes Folles. C’était le 21 Février et c’était organisé par l’association SN21. 21 Février, SN21… Est-ce un hasard? me demanderez-vous. Eh bien non, tout ceci est lié à l’Agenda 21, un plan d’action de développement durable qui a été adopté par la ville de Saint-Nolff. Aussi, dans l’après-midi précédant le concert, une équipe de fieffés reporters de Tribal Media a pu faire une série de rencontres des plus intéressantes avec les acteurs locaux du changement. En entrant dans le hangar, nous tombons directement sur Yolande et Pascale, qui tiennent un stand dédié à l’échange de graines. Nous leurs posons quelques questions et voici ce qu’il en émane:

DES GRAINES REPRODUCTIBLES QU’ON VOUDRAIT INTERDIRE
Graines-2
– L’asso des jardins de curé, c’est à l’initiative d’une personne qui fait de l’entretien de jardin, qui est horticultrice et qui a proposé de remettre en état une prairie qui se trouvait près du presbytère. On a donc créé une asso pour mettre en œuvre ce jardin, le nettoyer, le préparer. Il a été dessiné suivant le logo de Saint-Nolff. Ce logo représente le globe terrestre en mouvement et les cinq doigts de la main en-dessous. Nous avons fait des parterres . Au départ, on a eu des dons donc on a planté ou semé en fonction de ces dons, puis on a commencé à faire une répartition : Un parterre avec des aromatiques : thym, romarin, sarriette, sauge, fenouil, un autre avec des plantes médicinales, des plantes potagères, mais aussi des fleurs, arbustes, rosiers, vignes. Il y a une quinzaine de personnes dans l’asso donc le jardin est entretenu, chacun amène des plants de chez soi (car il y a les annuelles qu’on remet tous les ans et celles qui restent sur place).

Pendant les vacances scolaires, on fait de l’animation auprès des enfants pour leur faire découvrir les graines, les plantations, le semis. Par exemple l’année dernière au printemps on leur avait fait préparer des boites de conserve qu’on leur avait fait perforer au centre de loisir. Au jardin, on a mis des gravillons dans le fond, fait un mélange de sable-terreau et ils avaient semé des graines de tournesol. Aux vacances suivantes, ils ont vu leurs tournesols levés, on les a transplantés dans le jardin et on a eu des tournesols qui faisaient plus de 2,5m de haut. En Juillet, on leur a fait semer des plantes potagères (salades, haricots). J’avais fait germer les haricots quelques jours avant pour leur montrer comment se présente la graine germée, donc on a fait un semis de graines germées et de graines non germées.

– Comment vous avez fait la connection avec le festival?

– C’est par Sarah, la secrétaire du jardin de curé qui est dans les autres associations (notamment l’association des embobineuses). C’est elle qui nous a préparé le stand. Elle a proposé un partenariat donc chacun a amené des graines pour faire du troc. Cette manifestation se déroule pour la première fois à St-Nolff.

– Et ça ne pose pas de problèmes car j’ai entendu dire que les échanges de graines allaient être interdits…  ?

Oui bien sur mais il faut développer à outrance ce phénomène-là pour que les grainetiers et les semenciers industriels n’aient pas le monopole. Les agriculteurs sont maintenant obligés d’acheter leur semence, ne savent d’ailleurs pas toujours ce qu’ils achètent. J’ai fait l’expérience de semer du panais avec des graines d’un grainetier pourtant «  bio  », la première année, ça a levé, la deuxième non. En revanche, mes graines de l’année précédente ont levé. Même histoire chez un voisin. De plus en plus, je récolte mes graines. Peut-être qu’elles s’adaptent au sol, qu’il y a aussi une question de conservation ? On réussit souvent mieux les graines que l’on récolte donc il faut encourager ce système-là.

– Merci. Y a-t-il une visibilité sur internet?

– Oui il y a un blog assoc’ de jardin. C’est Sarah qui s’en occupe. De temps en temps, je lui passe des recettes. Jardin de curé Nolféen

DES BOISSONS FORTES ET SANS ALCOOL!

Nous nous éloignons du stand des jardins lorsque le chant d’une sirène morbihannaise vient nous caresser le tympan! « orange-carotte-bettrave-pomme  » ou «  chou rouge-carotte-épinard-gingembre  » ou alors «  citron-pomme-gingembre  », «  orange-pomme-kiwi  », celui-là pour les filles est très apprécié «  chou rouge-poire  » et «  carotte-orange-pomme-gingembre  ». Il s’agit d’Enora, du Labo du Nautilus qui va nous présenter les activités du labo.

– Le labo du Nautilus c’est une asso qui essaye de promouvoir toutes les idées liées au développement durable et à l’écologie. On a plein d’activités. Une d’entre elles est celle qu’on fait aujourd’hui  : vendre des jus de légumes bio sur les festivals, pour entre autres laisser plus de choix aux gens qui souhaitent de pas boire d’alcool, ou pas que. Du coup, on propose du jus de gingembre qui est assez fort. Ca donne presque l’impression de boire un verre d’alcool fort tant c’est puissant. Ca réchauffe  !

– Apparemment, il y en a un qui a essayé tout à l’heure et qui ne s’en est pas remis (rires)
Guillaume: je réessaierai, j’adore…

Nautilus tondeuse-2LE RÉPARE CAFÉ

– Deux fois par semaine, on anime un «  répare-café  ». C’est un concept national dont on a ouvert une antenne à Saint-Nolff. On a plusieurs techniciens dont Stéphane, Philippe qui sont spécialistes de mécanique, d’électrotechnique, de bricolage. Par exemple, j’avais une lampe à réparer et c’est comme ça que j’ai connu l’asso. J’étais pas capable de le faire toute seule du coup il y a quelqu’un qui m’a montré comment faire. Au final, je suis repartie avec ma lampe…

UN FOISONNEMENT D’IDÉES

Sinon, on a installé une zone de gratuité dans un hangar de 400m2. Les gens déposent des objets dont ils n’ont plus envie. Tous les adhérents peuvent prendre. Ce n’est pas du troc ni de l’échange, ceux qui veulent prendre prennent même s’ils n’ont rien donné. On a là une sableuse à disposition. Ca coûte assez cher donc l’idée est de mutualiser avec les adhérents. Mutualiser l’espace, les compétences et les outils. C’est un concept qui fonctionne un peu déjà dans le secteur de Vannes, notamment avec les incroyables comestibles.

Il y a un autre truc qui est vachement important, c’est les ateliers prototypiques. En fait, comme on a pas mal d’espace, on en loue à des porteurs de projets qui ont envie par exemple de construire une machine, mais il faut que ça soit une machine qui réduise notre empreinte sur l’environnement. Par exemple, j’aimerais me faire une machine à laver à pédale, les gens qui veulent se construire des petites éoliennes, c’est possible…

– Génial! Oui, j’ai vu un gars qui avait fait ça et effectivement, en 15-20 minutes, le linge est lavé! Qui est-ce qui vous a donné l’idée de faire tout ça, l’équipe  ?

– L’asso a été créée par Stéphane, car lui a un projet de faire un bus de tournée écologique et trouvait dommage d’avoir un espace et de l’utiliser pour lui tout seul.

Nous nous sommes donc adressés à Stéphane qui est à la fois le créateur de l’association et le concepteur d’un bus bio-high-tech et qui va nous détailler un peu plus cette activité précise.

Stand Nautilus2-2GENÈSE DU LABO DU NAUTILUS

– Le principe du labo du nautilus, c’est parti de la construction du Nautilus qui est un bus, une loge mobile artistique dans un car de tourisme, qui est à la fois high-tech et écolo. Cette loge mobile a vocation d’être un showroom de l’innovation technologique au service de l’environnement. Le principe, c’est de pouvoir faire la promotion de tout ce qui va permettre à chacun de réduire sa propre empreinte environnementale.

Pour réaliser cette loge mobile, j’ai commencé tout seul mais me suis rendu compte que j’avais besoin de compétences tierces. Ces compétences, j’aurais pu appeler Carglass pour déposer mon pare-brise mais ça m’aurait coûté super cher. En plus de ça, Carglass ne comprenait pas qu’il fallait déposer mon pare-brise, le laisser démonté pdt 15j, revenir 15j après pour le remonter. Pour eux, c’était pas cohérent. Pareil pour le gaz du système de clim, pareil pour faire un entretien du véhicule et pour plein d’autres choses. Du coup, il me fallait réunir les compétences et il fallait trouver ces personnes et les motiver. Quand c’est des amis, ça va mais quand on sort de ce cadre, il faut motiver d’autres personnes. Je me suis vite retrouvé à avoir un répertoire de compétences mais pas les gens et je me suis dit  : j’ai besoin d’un outil de travail et d’un espace. Donc la question s’est posée de savoir si je lançais cet outil juste pour moi, ou si je le faisais de manière associative pour  que d’autres personnes qui auraient d’autres idées un peu similaires puissent venir y réaliser leurs idées.

Les limites, c’est qu’il faut que ces projets soient à vocation de réduire un impact sur l’environnement. Ca peut prendre n’importe quelle forme. Tu ne viendras pas fabriquer un camping-car mais tu peux venir faire un système d’isolation écologique, un système de réduction de consommation. La création du Labo du Nautilus s’est faite pour réaliser le Nautilus. Le mode de création de ce véhicule, c’est que pdt les 3 premières années au moins, ça va être une plateforme mobile sur le morbihan qui sera à la fois un « repair café » et un « fab-lab  » (fabrication laboratory, endroit avec machines mutualisées électroniques et numériques). Deux choses qu’on fédère car ça va de pair. Exemple: tu viens avec une machine que tu veux réparer. Dedans, un pignon en nylon est abimé. Tu vas au fablab apprendre à fabriquer un pignon avec une imprimante 3d et ensuite tu viens au repair-café pour mettre le pignon dans ta machine. On va donc faire ça dans tout le morbihan, faire connaitre aux gens ces principes d’auto-construction et d’échange horizontal (je t’apprends, tu m’apprends). En plus de ça, on va fabriquer cette loge mobile en chemin. Par exemple: cette semaine, on va travailler sur la machine à laver. On devra transformer un alternateur de poids lourd en moteur triphasé 24V pour alimenter la machine à laver qui sera elle-même alimentée en eau chauffée par le soleil. Le bilan écologique est donc énorme et en plus de ça, c’est quelque chose que tu peux refaire chez toi.

– C’est à dire que tu fournis le plan avec?

– Alors moi j’ai une idée globale de la conception, mais la mise en application, on va la faire ensemble avec tous les gens qui vont participer.

– OK donc transmission directe dans le travail?

– Alors je peux t’apporter on va dire l’idée que je veux faire un électrolyseur avec telles ou telles options et toi tu vas me dire « ça tombe bien, je sais programmer telle carte électronique », un autre « moi je sais travailler le plastique » et un autre « moi je sais comment souder tel ou tel élément ». Donc c’est comme ça qu’on arrive à faire ensemble quelque chose. Toutes les innovations (aujourd’hui un peu plus d’une trentaine) seront mises en oeuvre à bord mais pour les fabriquer on aura besoin d’un local (le labo du Nautilus). C’est un hangar qu’on loue assez cher. La mairie pour l’instant ne nous aide pas mais si on leur apporte plus de retours…

– Tu sais que tt à l’heure on rencontré des grainetières libres et que les compétences qu’elles ont pourraient aller dans le sens de votre jardin partagé?

– J’aimerais bien que tu mes les présente…

Ici nous avons ri car on a trouvé que c’était fort que nous arrivions à créer un lien entre deux acteurs locaux et complémentaire de l’écologie en terre Bretonne nous qui venions de loin. En tout cas nos grainetières et le Labo du Nautilus ont pris contact. Mais revenons à Enora et aux autres activités du labo du Nautilus qui déborde d’idées en tous genres!

– Oui, parmi ces idées, une bibliothèque partagée, une station de filtration d’huile végétale usagée (ce n’est pas pour mettre dans les voitures car c’est interdit, mais on peut le mettre dans sa tondeuse et dans certaines chaudières). On a aussi le projet de faire un site internet d’échanges de matériel, d’organiser des projections-débat, des ateliers de couture pour la voile notamment. Une autre idée serait de faire venir des professionnels de la soudure, de la menuisierie pour qu’ils nous enseignent juste les bases de ces disciplines. On aimerait aussi constituer des groupes pour aller visiter les usines du coin (tri des déchets, usines électricité, barages) pour comprendre dans quel monde on vit, au delà de la nature. Un autre projet est de créer un laboratoire de transformation alimentaire, où les gens pourraient par exemple venir faire leurs confitures. Du coup, comme c’est fait dans un labo professionnel, elles pourraient les revendre. Ou encore, faire des bureaux à partager avec d’autres associations.

Enfin, on a un espace de jardin de 300m2 dans lequel on a commencé à faire un jardin partagé, mais on n’y connait encore presque rien! L’asso vient juste d’être créée. Mais on est en train de tisser des partenariats avec tout le monde dans le coin donc on cherche des contacts. D’ailleurs si vous n’avez pas encore rencontré Gaëlle qui est sur le stand des Jardins de Curé, elle a une association qui s’appelle «  les glaieuls sauvages  », qui est une asso qui fait des cosmétiques naturels.

– Non, nous ne la connaissons pas encore, mais allons la rencontrer de ce pas. Merci Enora et merci Stephane!

Labo du Nautilus

DES COSMETIQUES NATURELS

– Bonjour Gaëlle, enchanté. Présente-nous un peu ce que tu fais si tu veux.

– Notre association est pour l’autonomie alimentaire et energétique. Ca passe par la découverte de la flore locale et la valorisation du patrimoine  : on fait bcp d’animation autour de la reconnaissance des éléments de la nature et on crée des outils pédagogiques pour que les espaces naturels s’auto-valorisent. En parallèle, nous faisons beaucoup d’ateliers de création de cosmétique naturelle, cuisine végétarienne, peinture naturelle, tout à base de plantes.

Tu sais maquiller aussi ?

Oui, je fais deux types de maquillages  : pour enfants, accessibles à tout le monde à la maison, et ensuite, je fais de la cosmétique plus élaborée où là c’est vraiment de la formulation chimique, mais à base de produits naturels. On est basés sur la presqu’île de ruis, on vient d’arriver. Pour le week-end de la journée de la femme, on va proposer un atelier de création de maquillages où on va maquiller des filles qui font un défilé de mode de créatrices bretonnes. On travaille en étroite collaboration avec les incroyables comestibles. Avec le Labo du Nautilus, on verra s’il y a des choses possibles.

Voici donc les propos que nous avons pu recueillir parmi ce bouillonnement d’actions et d’idées nouvelles engendrées par les villes adhérentes au programme Agenda 21. Ne ne vous cacherons pas que les membres de l’équipe de Tribal Media se sont bien amusés avec les activités proposées pour les enfants parmi lesquelles le conte théatral et musical proposé pas l’asso les embobineuses. Nous tenons à remercier particulièrement Alan de nous avoir programmés dans ce festival et de nous avoir donc permis de découvrir cette richesse associative.

TRIBAL MEDIA #3 – ZAD Zone à Défendre

Le 10 Mai dernier, Tribal Veda était à Bourges au Nadir pour le festival de soutien à la Z.A.D. de Notre Dame Des Landes. A l’époque, rares étaient ceux qui savaient que Z.A.D. signifie zone à défendre, mais la mort de Rémi Fraisse dans la résistance au projet de barrage de Sivens a quelque peu changé la donne. On a entendu toutes sortes de choses dans les médias à ce sujet, certains allant jusqu’à qualifier cette mouvance autour des ZAD comme du terrorisme vert. Comme nous avons eu la chance de rencontrer et d’interviewer des personnes impliquées dans ces mouvements, nous nous faisons un devoir de vous transmettre ces informations qui vous aideront à vous faire votre idée sur la réalité de leurs activités.

Willy Bétaud

Pour commencer voici l’interview de Willy Betaud du Comité 18, qui soutient la lutte contre le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes. Un homme souriant et sympathique :

Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’est le comité 18 ?
Eh bien le comité Notre Dame des Landes 18 est un comité qui vient en soutien à la lutte qui se passe à Notre Dame des Landes contre l’aéroport qui doit etre construit là-bas. Ce comité a vu le jour en 2012 et puis a participé à chaque fois qu’il le pouvait soit physiquement, soit par le relais d’information à cette lutte.

D’accord. Et donc vous êtes rentrés en contact avec des gens qui sont sur place, des agriculteurs ou… ?
Alors on a commencé par aller à des réunions là-bas, voir ce qu’il se passe et puis on est rentrés en contact petit à petit plus précisément avec des occupants de la ZAD, avec des militants de l’ACIPA qui est l’association des riverains de l’aéroport, et avec ces gens-là, on a essayé de coordonner différentes actions.

Et les habitants de la ZAD? J’ai vu des images sur internet où des gens montaient toutes sortes de maisons – certains faisaient de l’agriculture. Est-ce que tu as vu ce lieu et peux-tu nous décrire comment c’est là-bas ?
Oui, j’ai vu le lieu à plusieurs reprises, et là-bas la ZAD c’est un vrai bouillon de culture. On a effectivement cette mini société avec toute une diversité. On a des gens qui viennent effectivement avec un projet agricole, un projet de maraîchage ou un projet d’élevage. On a des gens qui viennent avec un projet culturel : on a vu là-bas des spectacles de clown par exemple, toujours très engagés. On a des gens qui viennent simplement pour cette lutte contre l’aéroport, souvent par exemple des écologistes qui viennent dire « non, c’est une zone humide, il ne faut pas la massacrer, on n’en a pas tant que ça et on en sacrifie trop pour des projets inutiles comme ça ». On a des gens qui viennent aussi avec le projet derrière de se dire « on peut concevoir une société autrement ». On a aussi des gens qui viennent là parce-que c’est une bagarre et quand il y a une bagarre, on se doit d’être là. Voilà, on a tout ce panel de gens.

La zone couvre quelle étendue et combien de personnes sont sur place en continu (fixe)?
Toute la zone qui va être aliénée par l’aéroport représente 2000 hectares et sur cette zone là, il y a à peu près bon an mal an 200 à 300 occupants fixes qui sont là installés pour cette lutte. Plus le soutien à chaque fois qu’il y a effectivement des évènements ou des manifestations d’organisés, plus le soutien de milliers de personnes qui viennent à cette occasion-là.

Et l’évènement qu’il y a ce soir, comment ça s’est organisé ? Nous sommes à Bourges pour « Bourges ta ZAD ».
Eh bien, c’est le comité de défense de la lutte de Notre Dame Des Landes de Bourges qui a décidé de faire cet évènement. On a quelques camarades parmi nous qui sont en relation avec des artistes, notamment avec des musiciens, et puis ces musiciens-là se sont proposés de jouer gratuitement ce soir. Il y a quatre groupes qui vont passer et jouer gratuitement pour le bénéfice de cette lutte. Donc on a décidé d’élargir un petit peu ça puis d’en faire tout l’après-midi une zone d’information, une zone de militance aussi puisqu’on a d’autres gens qui sont venus nous rejoindre, notamment les incroyables comestibles qui sont en train de développer sur Bourges des petits jardins potagers dans les massifs publics…

Voilà, on remplace les pelouses et les plantes qui ne servent pas à grand-chose par des…
Par quelque chose d’utile à quelqu’un, alors que plein de gens meurent de faim ou tout du moins ne mangent pas à leur faim.

On a parlé avec Nathanaëlle d’ailleurs il y a quelques instants de son potager gourmand « Potages et Gourmands » qui sont là aussi pour cet évènement…
Oui, tout cela est d’une grande cohérence avec ce qu’il se passe sur la ZAD.

***

Nous avons donc interviewé Nathanëlle qui s’est lancée récemment dans la Permaculture. C’est un concept fort intéressant qui appliqué à l’agriculture, permet d’obtenir une terre très fertile sans utiliser ni pesticides ni engrais chimiques. En résumé il s’agit de créer un écosystème dans lequel on s’inclut, une sorte de cercle vertueux au sein duquel tous les acteurs s’épanouissent. La permaculture fera l’objet d’autres articles de Tribal Média tant elle semble importante pour le futur de notre planète, particulièrement quand on sait que l’agriculture industrielle qui nous nourrit actuellement non seulement abaisse la qualité des produits mais, plus grave encore, est en train de transformer les terres en désert.

Nathanaëlle

Nathanelle et Matthieu à travers leur association Potages et gourmands se préoccupent de cultiver et de sauvegarder de très nombreuses espèces de graines.

Pouvez-vous nous décrire ce que vous faites?
Voilà. Nous sommes l’association potages et gourmands. Nous avons pour but de produire et cultiver les variétés anciennes de légumes en voie d’extinction, face aux hybrides de l’agro-industrie. Et nous sommes rentrés en résistance pour nous réapproprier notre autonomie alimentaire.

Vous êtes situés à quel endroit?
Nous sommes dans le Cher (région centre), dans un village qui s’appelle Henrichemont.

Combien êtes-vous et quand le projet a-t-il commencé?
Oulalah (rires)… Le projet a germé quand j’ai commencé à jardiner. L’association a été créée en 2012 pour avoir un statut nécessaire à vendre des graines et des plants. Depuis cet hiver, nous sommes installés sur une petite ferme de 2,5 hectares de terrain et nous nous lançons en tant que professionnels de la semence, du plant et de l’animation pour enfants autour du potager.

Animation pour enfants? C’est sur la durée ou plutôt des animations ponctuelles?
Les deux. On fait des ateliers, on a créé la moitié d’un jardin spécialement pour les enfants. J’ai construit (Matthieu ndlr) des bacs et Nathanaëlle a commencé à planter, avec de la terre forestière. On reçoit aussi les centres de loisirs et le but, c’est de développer des ateliers hebdomadaires pour les particuliers. On fait aussi un peu de pédagogie autour des animaux, mais c’est plus comme une récompense pour les enfants d’aller les voir en fin de visite du jardin.

Matthieu1

Depuis quand êtes-vous installés sur ce terrain?
Depuis le mois d’octobre 2013 donc il y a encore tout à créer. On refait tout à notre sauce, notamment le terrain.

Est-ce que vous êtes dans une optique de permaculture?
Bien-sûr

Pouvez-vous expliquer brièvement quels sont les principes de base de la permaculture?
Permaculture, ça vient de culture permanente. Donc d’un mode d’agriculture plus proche du rythme naturel de la nature, basé sur l’observation des écosystèmes, notamment des forêts, avec amendement énorme de matière au niveau du sol pour créer des terres riches et fertiles au lieu de l’épuisement classique. Donc pas d’engrais chimiques, que des graines naturelles, non hybrides. On travaille la culture sur buttes avec du matériau biologique décomposable (fumier, feuilles mortes, BRF (taille de bois fragmenté), tontes d’herbe, déchets de cuisine…).

Est-ce qu’il existe un réseau de ce genre d’activités?
Il doit en exister plusieurs. Mais dans le coin, il y a encore plein de choses à faire.

Y-a-t-il un petit bout de forêt sur le terrain?
En bordure oui, c’est très arboré. Déjà, le nom de la ferme « Les Trembles » évoque une essence d’arbre sauvage. Il y en a des dizaines et des dizaines sur le terrain.
Naëlle nous montre ce qu’il y a sur le stand
On a 70 variétés de tomates (blanches, noires, jaunes, rouges, oranges, vertes, bleues). Principalement, on se spécialise dans là dedans. A la ferme, on va en planter 100 variétés cette année.

***

Voici pour finir notre entretien avec Marie de la très utile association Ki-6-Col qui a rendu possible l’organisation de ce beau festival.

logo ki6col

Bonjour Marie!
Bonjour!

Est-ce que tu peux nous présenter un peu ce que vous faites dans votre association, comment elle s’appelle et comment s’est organisé l’évènement ici?
D’accord donc c’est l’association « Ki-6-Col ». On se définit comme agitateur de conscience. On existe depuis deux ou trois ans et on essaie d’aider les structures, les collectifs qui n’ont pas d’existence juridique à porter leurs projets. Donc ça peut être des concerts comme aujourd’hui mais aussi des expos, des films, des réunions, des projections et on met donc à disposition notre nom pour louer des salles et notre logistique. Nous faisons aussi partie du comité de soutien de Notre Dame des Landes depuis le départ donc aujourd’hui, on leur a proposé un concert de soutien pour récupérer des fonds. Eux ne pouvaient pas le faire car leur structure ne permet pas cela alors qu’une association peut se permettre d’organiser ce genre de choses.

Et vous êtes en lien avec Emmetrop (association « articulturelle » de Bourges) comment?
En fait on leur loue la salle mais ils ont fait aussi un geste pour la cause afin de nous permettre de quand même faire ce concert ce soir.

Ok. Et qu’est-ce qu’il y a sur ton stand là?
Alors ça ce sont des T-shirts qui ont été spécialement dessinés pour l’èvènement et pour la lutte, et dont le prix est reversé au comité de Notre Dame des Landes 18. Mais on a aussi sur notre site internet nos propres projets. Un en particulier, c’est la video-surveillance, donc on a créé en liaison avec un groupe qui est à Lyon qui s’appelle Rébellion un réseau de cartographie en ligne des caméras à la disposition de toutes les associations. Donc nous on s’occupe de http://bourges.sous-surveillance.net/ accessible à tout le monde, pour cartographier les caméras.

Donc sur internet tu peux trouver…?
Oui, tu vas sur le site et t’inscris anonymement, tu sais qu’il y a une caméra place Machin, tu la places sur le plan, tu indiques un peu comment elle est positionnée, comme ça tout le monde peut le savoir. Le but étant de montrer qu’on est malheureusement trop surveillés…

Merci beaucoup Marie.
Merci beaucoup à tous les groupes qui sont venus pour jouer gratuitement pour la cause. Y en avait plein, on a pris les meilleurs (rires) !

En tout, autour de ce festival intitulé « Bourges ta Zad » étaient présents pour les projections et stands : Le Comité 18, l’asso Ki-6-Col, l’asso Potages & Gourmands et aussi les Incroyables Comestibles de Bourges. Pour la musique nous avons partagé le plateau avec les groupes Venera, Uprising et Les Folles Bourgeoises. En conclusion nous avons rencontré des personnes fort sympathiques et intéressantes, bien loin de l’image qu’en véhiculent les médias de masse.

Et pour poursuivre l’information sur Notre Dame Des Landes:

lutteaeroportnddl.com
zad.nadir.org
ki6col.com
facebook ki6col
Lien facebook Potages et Gourmands

TRIBAL MEDIA #2 – Compagnie Déviation

Interview de la Compagnie Déviation : Barbara Boichot & Franck Kayap

Le 5 avril dernier Tribal Veda se produisait à Guérigny à l’occasion de l’ouverture du Théatre des Forges Royales. Arrivés dans l’après midi nous avons eu la chance de voir « Petits traités de bonnes conduites », une excellente pièce de théatre de la Compagnie Déviation mise en scène par Barbara Boichot, avec dans la distribution Maggy Dupa, Shin Mignon et Franck Kayap. L’occasion rêvée pour Tribal Média de faire une petite interview à la volée !

Et ça commence fort avec Franck Kayap qui tente de se dérober à l’interview…


Et ça enchaine avec avec un dialogue à la Audiard…

Tribal Média : Ici il y a Barbara…

Barbara Boichot : c’est moi…

Tribal Média : La metteuse en scène de la compagnie déviation.

Barbara Boichot : Ouais… la metteuse… ouais (rires)

Barbara

Tribal Média : Bon ok, alors on la refait, donc Barbara Boichot, le metteur en scène de Déviation! Alors Déviation comment ça a commencé ?

Barbara Boichot : Ca a commencé bien avant moi en 91, avec un instrument énorme qui s’appelle « Déballage public ». Une grosse grosse caisse avec 4 batteurs à l’intérieur. Ensuite je suis arrivée pour les mettre en scène, parce que les musiciens ont toujours du mal à se tenir sur une scène.

Tribal Média : Ah bon ? tu dis ça pour Nous ? 🙂

Barbara Boichot : Je mets en scène la musique parce que je pense qu’elle se regarde aussi. On l’entend mieux quand il y a quelque chose à voir.

Tribal Média : Et donc tu mets en scène des groupes de différents styles ?

Barbara Boichot : Je mets en scène tous types d’artistes, ça peut être des danseurs, des musiciens, des chanteurs, des percussionnistes, des comédiens… ce que j’aime bien c’est être au service du projet des autres.

Tribal Média : Vous avez fait des voyages dans le cadre de la Compagnie Déviation, par exemple au Mexique, peux tu nous raconter comment ça c’est passé ?

Barbara Boichot : Il y a eu plusieurs voyages, au Mexique on a travaillé dans des prisons pour enfants pendant cinq semaines. On a monté un spectacle avec eux, restant à leur disposition pour parler de ce qu’ils voulaient, et au final, on a joué dans un très beau théatre… Mais on a aussi travaillé à Singapour dans le lycée français, en Colombie avec les enfants des rues, ou à Montfermeil avec la police nationale dans des quartiers ou ils n’arrivaient plus à rentrer. Là on a mis en scène les jeunes policiers et les jeunes. Comme quoi il n’y a pas besoin d’aller au bout du monde pour voir des jeunesses en déperdition. Il suffit d’aller à 5 km.

Tribal Média : Ici à Guérigny, on vient de voir un superbe petit spectacle, une petite forme comme tu dis, en 10 minutes et avec 3 comédiens. Comment t’es venue cette idée ?

traites bonne conduite

Barbara Boichot : C’était une commande pour un lieu magique qui est à Nevers et qui s’appelle le palais Ducal. Le batiment à été construit entre le XVème et le XXème siecle, du coup on a bossé sur des auteurs de cette période, il y en avait tellement que je ne savais pas par quel bout le prendre. Je ne voulais que des femmes mais au XVème je n’en ai pas trouvé donc j’ai pris Erasme, mais ensuite ce ne sont que des femmes nivernaises pour toutes les autres époques. Donc le petit texte d’Erasme, c’est une leçon de bonne conduite pour le petit fils du duc de Bourgogne qui explique comment on doit se tenir quand on est quelqu’un de la bonne société. (sourire)

Tribal Média : Ca éclaire bien sur ce qu’on vient de voir, en tout cas moi je me suis bien marré… et vous aussi… Donc Franck tu jouais dans la pièce tout à l’heure, comment se passe le travail avec Barbara et comment l’as tu rencontré?

Franck Kayap : Ca se passe bien car on a une vision commune. Je l’ai rencontré il y a quelques années, je devais avoir quelque chose comme 9 ans et on était sur un projet où elle était comédienne et moi je ne savais meme pas ce qu’était le théatre, je n’en avais même aucune idée. Elle était dans une compagnie professionnelle et nous accompagnait sur scène. Elle comme comédienne, moi en tant que comédien novice. Du coup, c’est a côté d’elle que j’ai appris le Théatre.

Tribal Média : C’était où ?

Franck Kayap : C’était à Lille, dont je suis originaire.

Barbara Boichot : Il a été recruté à Lille pour une compagnie qui était de Lyon qui travaille avec des enfants de toute la planète, qui sont professionnels et qui tournent dans le monde entier, donc on faisait un casting et on a recruté le petit (elle montre Franck). Il avait 9 ans, ensuite il a tout le temps travaillé… et il n’a jamais quitté le plateau. Il est donc professionnel depuis qu’il a 9 ans.

Surtout, on a continué à progresser parcequ’au début il était vraiment juste comédien, puis on a fait un travail de danseur… Je n’arrete pas de lui dire que le jour où on arrête de progresser il faut qu’on se sépare. Pour le moment on progresse toujours donc on travaille toujours ensemble, pour le moment. Ca fait 25 ans que ça dure. On explore des nouvelles voies à chaque fois. Là on travaille sur un nouveau spectacle ou il danse et il chante, chose qu’il n’a jamais faite, convaincu qu’il ne pouvait pas chanter puis finalement…

Tribal Média  : Finalement avec la magie de Barbara il a découvert qu’il était chanteur (rires)

Franck Kayap : La magie doit être travaillée encore un peu… pour être sûr que… (rires)

Franck

Tribal Média : Dans la Compagnie Déviation il y a ces spectacles, cette mise en scène, ces échanges avec des enfants et il y a aussi le travail d’Alain Mignon. Si j’ai bien compris c’est de la lutherie principalement autour de la percussion, peux-tu nous expliquer un peu ?

Barbara Boichot : Alain fait de la lutherie contemporaine, donc il fabrique des instruments uniques et souvent gigantesques, c’est le propos des spectacles. Il arrive toujours avec un instrument surréaliste et c’est de ça que ça part. Par exemple il y a cette énorme boîte qui se déplie avec 4 percussionnistes à l’intérieur, il y a ces 9 lampes de bureau d’architecte mais qui montent à six metres de haut avec des tambours au bout, et il y a aussi une toute petite valise, qui quand on la déplie devient télescopique, et c’est une batterie complète ! Il arrive toujours avec un istrument et de là, j’essaye de me raconter une histoire et d’embarquer les percussionnistes avec. Comme je viens du théatre je les fais déborder de leur travail de percussionnistes avec du texte. Les mises en scène que je compose sont toujours très physiques. J’ai du mal à dissocier le corps du reste, et donc on a des batteurs qui se retrouvent à jouer la tête en bas parce-qu’ils sont portés par des comédiens, ou bien ils doivent faire des tas de musiciens et jouer en même temps… Quand c’est trop simple ça ne nous convient pas !

Alain Mignon lutherie contemporaine
Alain Mignon lutherie contemporaine

Tribal Média : Déviation, vous êtes basés où ?

Barbara Boichot : On a été très longtemps parisiens en maintenant on est à l’Abbaye de Corbigny dans la Nièvre, où on a un espace de travail, un bureau…

Tribal Média : Et vous avez accueilli Tribal Veda en enregistrement…

Barbara Boichot : Et on ne désespère pas de les mettre en scène, mais je vais peut être me rendre compte ce soir qu’il n’y en aura absolument pas besoin… (sourire)

Tribal Média : On a aussi profité de l’accueil de Jean Bosko, peux tu nous parler de sa Compagnie aussi ?

Barbara Boichot : Oui c’est le Théatre Eprouvette à Corbigny. Jean Bosko, c’est quelqu’un de très inventif qui fait du théatre sans comédiens et sans spectateurs en général… c’est sa démarche… (rires) Le dernier projet où nous avons collaboré, c’est la « Camionnette d’alimentation culturelle » qui va dans les villages. Plus le village est petit, plus il a de chances d’avoir la camionette. C’est à dire qu’entre un lieu de 100 habitants et un lieu de 40, il va choisir celui de 40. Elle se commande comme son pain, elle vient par exemple pendant plusieurs mois tous les jeudis matin et s’arrete avec une nouvelle proposition culturelle : ça peut être un conférencier qui va parler de l’éducation, deux danseurs, une harpiste celtique, un marionnettiste ou un plasticien. Donc la camionnette tourne et quand on est comédien avec lui, c’est 8 fois par jour que toutes les ½ heures on change de village. C’est un travail très physique.

Franck Kayap : C’est intense…

Barbara Boichot : On est rincés mais super contents parce que l’accueil est génial, les gens nous attendent avec les petits gateaux, les verres de blanc… Il a des projets complètement fous, par exemple, « les 80 ans de ma mère », c’était un artiste et une personne agée qui ensemble devaient faire une œuvre d’art. Donc il y avait 150 acteurs et zero spectateurs… Ca vaudrait le coup de l’interviewer lui!

theatre eprouvette

Tribal Média : Dernière chose comment on peut contacter Déviation ?

Barbara Boichot : Il y a les sites internet :

compagniedeviation.com

barbaraboichot.com

En résumé, un grand merci à toute l’équipe de Déviation, d’autant qu’ils nous ont chaleureusement accueillis depuis en juillet, lors de la tournée d’été de Tribal Veda.

Itw

TRIBAL MEDIA #1

TRIBAL MEDIA #1

Interview de Zoltan par Charles-Zoltan

 Il y quelques années maintenant je m’étais amusé à chercher les Zoltan(s) sur Facebook, et j’ai rencontré Zoltan (logique). Il a une démarche intéressante, que je ne connaissais pas avant, il anime des stages d’autonomie en Nature, ou comment vivre en harmonie avec la nature. Mais je lui laisse la parole pour qu’il nous explique un peu plus précisément en quoi consistent ces stages.

Bonjour Zoltan, alors c’est bien connu les filles naissent dans les roses et les garçons naissent dans les choux, et les Zoltan ou naissent ils ? sous-entendu c’est quoi ton parcours?

Bonjour Charles-Zoltan, haha les Zoltan naissent dans les arbres je crois. Sinon j’ai bientôt 25 printemps, j’ai toujours baigné dans la campagne et la création artistique et manuelle. Ce qui m’a réellement poussé à me reconnecter à la Nature, c’est le fait de vivre au fin fond de l’Ardèche, dans une petite maison isolée, sans voisins, à quelques mètres d’une petite rivière, avec une biodiversité fascinante. C’était une année inoubliable, durant laquelle je me suis vraiment métamorphosé.

Tu proposes des stages d’Autonomie en Nature, tu peux nous en dire plus ?

Zoltan
zoltan gandalf

Oui bien sur, comme je te l’ai dit j’ai vécu une année dans la Nature, et revenir à la civilisation me paraissait un peu contradictoire sur le moment. Mais ce qui m’a permis de le faire, c’est la sensation d’avoir comme une « mission ». La reconnexion à la Nature que j’avais vécu, il fallait que je puisse la partager avec les gens qui avaient besoin d’être accompagnés au début de la prise d’indépendance. Du coup progressivement, ça s’est mis en place, et ça me fait très plaisir de pouvoir partager mon amour et ma passion pour la Nature. Durant les stages, nous apprenons à reconnaitre, gouter et cuisiner les plantes sauvages comestibles, faire du feu, purifier de l’eau, des notions d’orientation, l’installation d’un bivouac (matériel, nœuds, astuces diverses…), pouvoir créer des objets dans la Nature à partir de ce que l’ont trouve (vannerie sauvage, ficelle en fibre végétale…).

J’imagine qu’on ne s’improvise pas guide en nature, comment as-tu acquis toutes ces connaissances ?

Oui effectivement, il faut un peu de théorie et beaucoup de pratique. L’expérience de François Couplan m’a beaucoup aidé pour franchir le pas de la consommation de plantes sauvages comestibles. Autant ses livres m’ont bien aidé, autant le stage que j’ai fait avec lui m’a plutôt déçu. Mais ça m’a permis justement de trouver mon indépendance, et d’avoir envie de moi même proposer mes propres stages. Au niveau de la genèse de mon parcours d’instructeur d’autonomie dans la Nature, j’étais plutôt dans la peur. Un peu en mode survivalisme, j’appréhendais une « crise », et cherchais donc des alternatives de vie à celle qu’on nous propose actuellement. Mais progressivement, j’ai tellement aimé ce que j’expérimentais, que c’est passé de la « survie » à la vie en autonomie, la joie de pouvoir vivre dans la Nature, de la sentir toujours « prête » à nous apporter ce dont nous avons besoin. Sinon, plus tard, j’ai appris comment confectionner quelques objets dans la nature, comme la vannerie sauvage, le batonnage, faire des liens en fibre végétale…etc. Et c’est ça que je veux partager dans mes stages d’autonomie, le passage de la « survie » à la vie.

Je crois savoir que tes « domaines d’expertise » ne s’arrêtent pas au monde du « physique » ? Alors Zoltan-Mystique ?

Oui depuis tout petit, ma compréhension du monde a toujours été ouverte sur les « mondes invisibles », même si j’ai relayé ça à un plan plus secondaire dans ma vie d’adolescent, là depuis fin 2011, ça c’est repointé au galot. Bon après, l’auto guérison et le « magnétisme », ça à toujours été présent, j’ai été initié à la technique de soin reiki quand j’avais 11ans. Et ma proximité « intime » avec la Nature depuis ces dernières années, a vraiment stimulé mon engouement pour tout ce qui est fabrication d’artisanat dans la foret, mais aussi création d’objets magiques (dreamcatchers, baguettes, sceptre de guérison, talismans, runes, pendule de radiesthésie…), je me sens très proche des runes celtiques aussi, qui sont inspirées par les constellations.
 Je vais très prochainement faire des stages sur le sujet aussi, histoire de pouvoir rendre les gens curieux de ces domaines eux aussi autonomes.

Il y a un mouvement Eco-responsable et une volonté de se retrouver avec la nature, être plus en harmonie avec elle. Effets de modes ? ou réelle prise de conscience ? ( Permaculture, énergie renouvelable)

Oui et heureusement ! Au final que ça soit un effet de mode, ou une prise de conscience, qu’importe, l’idée c’est qu’il y a effectivement une urgence écologique que les élites de la société semblent ignorer, en prenant des mesures ridicules pour se donner bonne conscience. Nous ne pouvons plus nous appuyer sur nos dirigeants, nous devons nous même retrouver notre autonomie de penser et de consommer en accord avec la Nature, qui nous permet de respirer chaque seconde (grâce aux forets et au plancton des océans), qui nous permet de boire (grâce au cycle de l’eau) et qui nous permet de manger… L’Humain est indissociable de la Nature, et ce n’est pas parce qu’il a « choisi » un mode de vie urbain coupé de la Nature (en apparence) que ça changera quelque chose à cette réalité. En réalité il n’y a pas de pyramide, avec l’Humain en haut, mais plutôt une grande farandole d’êtres vivants, qui sont sensés former une symbiose planétaire. Mais pour l’heure, l’Humain qui est déséquilibré, cherche à imposer son existence à la Nature, en la polluant et la détruisant… Heureusement, ce mouvement qui tend à se reconnecter à la Nature pour la comprendre et la soigner, est bien présent et primordial pour la suite de notre passionnante expérience de Vie planétaire !

On envisage de se retrouver durant notre tournée avec Tribal Veda, tu connais déjà ton emploi du temps de cet été ?

J’ai un stage d’autonomie nature quasi complet mi mai, je ne connais pas encore les dates des autres stages d’autonomie nature, mais les dates arriveront prochainement. Je sais aussi que je ferais un stage d’autonomie magie (cité plus haut) pour permettre au gens d’avoir des bases en magie de la nature et dans le domaine ésotérique. Ensuite, je pense que mes vacances seront en aout, je vais sans doute au camp vegan dans le Gard, puis ensuite cap sur le Souffle du rêve, un magnifique festival auquel j’étais aussi l’année dernière, je vous invite à vous y rendre !

Merci Zoltan d’avoir pris le temps de répondre à ce petit interview, un mot de fin ?

Le mot de la fin, c’est « devenez vous mêmes », qu’importe ce que les autres pensent, qu’importe les critiques. Nous sommes ici sur Terre, pour révéler qui nous sommes vraiment et pour ça il faut devenir un explorateur de la réalité. Allons vers ce qui nous attire, nous appelle, et nous trouverons la joie de vivre au bout du chemin. Nous vivons une période charnière de l’Humanité, où les humains doivent s’éveiller/évoluer, ou bien disparaitre. Alors doucement, permettez vous de vous éveiller, malgré quelques petites périodes désagréables au début, la suite est vraiment géniale ! Beau cheminement à toutes et à tous. Et Merci Charles-Zoltan pour cet interview. A bientot, prenez soin de vous ! Naturellement, Zoltan

Bonne Fête à tous.

Autonomie Nature

Autonomie Nature