TRIBAL MEDIA #3 – ZAD Zone à Défendre

Le 10 Mai dernier, Tribal Veda était à Bourges au Nadir pour le festival de soutien à la Z.A.D. de Notre Dame Des Landes. A l’époque, rares étaient ceux qui savaient que Z.A.D. signifie zone à défendre, mais la mort de Rémi Fraisse dans la résistance au projet de barrage de Sivens a quelque peu changé la donne. On a entendu toutes sortes de choses dans les médias à ce sujet, certains allant jusqu’à qualifier cette mouvance autour des ZAD comme du terrorisme vert. Comme nous avons eu la chance de rencontrer et d’interviewer des personnes impliquées dans ces mouvements, nous nous faisons un devoir de vous transmettre ces informations qui vous aideront à vous faire votre idée sur la réalité de leurs activités.

Willy Bétaud

Pour commencer voici l’interview de Willy Betaud du Comité 18, qui soutient la lutte contre le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes. Un homme souriant et sympathique :

Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’est le comité 18 ?
Eh bien le comité Notre Dame des Landes 18 est un comité qui vient en soutien à la lutte qui se passe à Notre Dame des Landes contre l’aéroport qui doit etre construit là-bas. Ce comité a vu le jour en 2012 et puis a participé à chaque fois qu’il le pouvait soit physiquement, soit par le relais d’information à cette lutte.

D’accord. Et donc vous êtes rentrés en contact avec des gens qui sont sur place, des agriculteurs ou… ?
Alors on a commencé par aller à des réunions là-bas, voir ce qu’il se passe et puis on est rentrés en contact petit à petit plus précisément avec des occupants de la ZAD, avec des militants de l’ACIPA qui est l’association des riverains de l’aéroport, et avec ces gens-là, on a essayé de coordonner différentes actions.

Et les habitants de la ZAD? J’ai vu des images sur internet où des gens montaient toutes sortes de maisons – certains faisaient de l’agriculture. Est-ce que tu as vu ce lieu et peux-tu nous décrire comment c’est là-bas ?
Oui, j’ai vu le lieu à plusieurs reprises, et là-bas la ZAD c’est un vrai bouillon de culture. On a effectivement cette mini société avec toute une diversité. On a des gens qui viennent effectivement avec un projet agricole, un projet de maraîchage ou un projet d’élevage. On a des gens qui viennent avec un projet culturel : on a vu là-bas des spectacles de clown par exemple, toujours très engagés. On a des gens qui viennent simplement pour cette lutte contre l’aéroport, souvent par exemple des écologistes qui viennent dire « non, c’est une zone humide, il ne faut pas la massacrer, on n’en a pas tant que ça et on en sacrifie trop pour des projets inutiles comme ça ». On a des gens qui viennent aussi avec le projet derrière de se dire « on peut concevoir une société autrement ». On a aussi des gens qui viennent là parce-que c’est une bagarre et quand il y a une bagarre, on se doit d’être là. Voilà, on a tout ce panel de gens.

La zone couvre quelle étendue et combien de personnes sont sur place en continu (fixe)?
Toute la zone qui va être aliénée par l’aéroport représente 2000 hectares et sur cette zone là, il y a à peu près bon an mal an 200 à 300 occupants fixes qui sont là installés pour cette lutte. Plus le soutien à chaque fois qu’il y a effectivement des évènements ou des manifestations d’organisés, plus le soutien de milliers de personnes qui viennent à cette occasion-là.

Et l’évènement qu’il y a ce soir, comment ça s’est organisé ? Nous sommes à Bourges pour « Bourges ta ZAD ».
Eh bien, c’est le comité de défense de la lutte de Notre Dame Des Landes de Bourges qui a décidé de faire cet évènement. On a quelques camarades parmi nous qui sont en relation avec des artistes, notamment avec des musiciens, et puis ces musiciens-là se sont proposés de jouer gratuitement ce soir. Il y a quatre groupes qui vont passer et jouer gratuitement pour le bénéfice de cette lutte. Donc on a décidé d’élargir un petit peu ça puis d’en faire tout l’après-midi une zone d’information, une zone de militance aussi puisqu’on a d’autres gens qui sont venus nous rejoindre, notamment les incroyables comestibles qui sont en train de développer sur Bourges des petits jardins potagers dans les massifs publics…

Voilà, on remplace les pelouses et les plantes qui ne servent pas à grand-chose par des…
Par quelque chose d’utile à quelqu’un, alors que plein de gens meurent de faim ou tout du moins ne mangent pas à leur faim.

On a parlé avec Nathanaëlle d’ailleurs il y a quelques instants de son potager gourmand « Potages et Gourmands » qui sont là aussi pour cet évènement…
Oui, tout cela est d’une grande cohérence avec ce qu’il se passe sur la ZAD.

***

Nous avons donc interviewé Nathanëlle qui s’est lancée récemment dans la Permaculture. C’est un concept fort intéressant qui appliqué à l’agriculture, permet d’obtenir une terre très fertile sans utiliser ni pesticides ni engrais chimiques. En résumé il s’agit de créer un écosystème dans lequel on s’inclut, une sorte de cercle vertueux au sein duquel tous les acteurs s’épanouissent. La permaculture fera l’objet d’autres articles de Tribal Média tant elle semble importante pour le futur de notre planète, particulièrement quand on sait que l’agriculture industrielle qui nous nourrit actuellement non seulement abaisse la qualité des produits mais, plus grave encore, est en train de transformer les terres en désert.

Nathanaëlle

Nathanelle et Matthieu à travers leur association Potages et gourmands se préoccupent de cultiver et de sauvegarder de très nombreuses espèces de graines.

Pouvez-vous nous décrire ce que vous faites?
Voilà. Nous sommes l’association potages et gourmands. Nous avons pour but de produire et cultiver les variétés anciennes de légumes en voie d’extinction, face aux hybrides de l’agro-industrie. Et nous sommes rentrés en résistance pour nous réapproprier notre autonomie alimentaire.

Vous êtes situés à quel endroit?
Nous sommes dans le Cher (région centre), dans un village qui s’appelle Henrichemont.

Combien êtes-vous et quand le projet a-t-il commencé?
Oulalah (rires)… Le projet a germé quand j’ai commencé à jardiner. L’association a été créée en 2012 pour avoir un statut nécessaire à vendre des graines et des plants. Depuis cet hiver, nous sommes installés sur une petite ferme de 2,5 hectares de terrain et nous nous lançons en tant que professionnels de la semence, du plant et de l’animation pour enfants autour du potager.

Animation pour enfants? C’est sur la durée ou plutôt des animations ponctuelles?
Les deux. On fait des ateliers, on a créé la moitié d’un jardin spécialement pour les enfants. J’ai construit (Matthieu ndlr) des bacs et Nathanaëlle a commencé à planter, avec de la terre forestière. On reçoit aussi les centres de loisirs et le but, c’est de développer des ateliers hebdomadaires pour les particuliers. On fait aussi un peu de pédagogie autour des animaux, mais c’est plus comme une récompense pour les enfants d’aller les voir en fin de visite du jardin.

Matthieu1

Depuis quand êtes-vous installés sur ce terrain?
Depuis le mois d’octobre 2013 donc il y a encore tout à créer. On refait tout à notre sauce, notamment le terrain.

Est-ce que vous êtes dans une optique de permaculture?
Bien-sûr

Pouvez-vous expliquer brièvement quels sont les principes de base de la permaculture?
Permaculture, ça vient de culture permanente. Donc d’un mode d’agriculture plus proche du rythme naturel de la nature, basé sur l’observation des écosystèmes, notamment des forêts, avec amendement énorme de matière au niveau du sol pour créer des terres riches et fertiles au lieu de l’épuisement classique. Donc pas d’engrais chimiques, que des graines naturelles, non hybrides. On travaille la culture sur buttes avec du matériau biologique décomposable (fumier, feuilles mortes, BRF (taille de bois fragmenté), tontes d’herbe, déchets de cuisine…).

Est-ce qu’il existe un réseau de ce genre d’activités?
Il doit en exister plusieurs. Mais dans le coin, il y a encore plein de choses à faire.

Y-a-t-il un petit bout de forêt sur le terrain?
En bordure oui, c’est très arboré. Déjà, le nom de la ferme « Les Trembles » évoque une essence d’arbre sauvage. Il y en a des dizaines et des dizaines sur le terrain.
Naëlle nous montre ce qu’il y a sur le stand
On a 70 variétés de tomates (blanches, noires, jaunes, rouges, oranges, vertes, bleues). Principalement, on se spécialise dans là dedans. A la ferme, on va en planter 100 variétés cette année.

***

Voici pour finir notre entretien avec Marie de la très utile association Ki-6-Col qui a rendu possible l’organisation de ce beau festival.

logo ki6col

Bonjour Marie!
Bonjour!

Est-ce que tu peux nous présenter un peu ce que vous faites dans votre association, comment elle s’appelle et comment s’est organisé l’évènement ici?
D’accord donc c’est l’association « Ki-6-Col ». On se définit comme agitateur de conscience. On existe depuis deux ou trois ans et on essaie d’aider les structures, les collectifs qui n’ont pas d’existence juridique à porter leurs projets. Donc ça peut être des concerts comme aujourd’hui mais aussi des expos, des films, des réunions, des projections et on met donc à disposition notre nom pour louer des salles et notre logistique. Nous faisons aussi partie du comité de soutien de Notre Dame des Landes depuis le départ donc aujourd’hui, on leur a proposé un concert de soutien pour récupérer des fonds. Eux ne pouvaient pas le faire car leur structure ne permet pas cela alors qu’une association peut se permettre d’organiser ce genre de choses.

Et vous êtes en lien avec Emmetrop (association « articulturelle » de Bourges) comment?
En fait on leur loue la salle mais ils ont fait aussi un geste pour la cause afin de nous permettre de quand même faire ce concert ce soir.

Ok. Et qu’est-ce qu’il y a sur ton stand là?
Alors ça ce sont des T-shirts qui ont été spécialement dessinés pour l’èvènement et pour la lutte, et dont le prix est reversé au comité de Notre Dame des Landes 18. Mais on a aussi sur notre site internet nos propres projets. Un en particulier, c’est la video-surveillance, donc on a créé en liaison avec un groupe qui est à Lyon qui s’appelle Rébellion un réseau de cartographie en ligne des caméras à la disposition de toutes les associations. Donc nous on s’occupe de http://bourges.sous-surveillance.net/ accessible à tout le monde, pour cartographier les caméras.

Donc sur internet tu peux trouver…?
Oui, tu vas sur le site et t’inscris anonymement, tu sais qu’il y a une caméra place Machin, tu la places sur le plan, tu indiques un peu comment elle est positionnée, comme ça tout le monde peut le savoir. Le but étant de montrer qu’on est malheureusement trop surveillés…

Merci beaucoup Marie.
Merci beaucoup à tous les groupes qui sont venus pour jouer gratuitement pour la cause. Y en avait plein, on a pris les meilleurs (rires) !

En tout, autour de ce festival intitulé « Bourges ta Zad » étaient présents pour les projections et stands : Le Comité 18, l’asso Ki-6-Col, l’asso Potages & Gourmands et aussi les Incroyables Comestibles de Bourges. Pour la musique nous avons partagé le plateau avec les groupes Venera, Uprising et Les Folles Bourgeoises. En conclusion nous avons rencontré des personnes fort sympathiques et intéressantes, bien loin de l’image qu’en véhiculent les médias de masse.

Et pour poursuivre l’information sur Notre Dame Des Landes:

lutteaeroportnddl.com
zad.nadir.org
ki6col.com
facebook ki6col
Lien facebook Potages et Gourmands

Laisser un commentaire